Université de Bordeaux
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L’importance des matières colorantes noires pour les Néandertaliens

e) pièce d’oxy-hydroxyde de manganèse avec traces de modification, découverte pendant la fouille Peyrony; f) traces d’abrasion sur la surface de la piècee) pièce d’oxy-hydroxyde de manganèse avec traces de modification, découverte pendant la fouille Peyrony; f) traces d’abrasion sur la surface de la pièce

Comment les Néandertaliens s'approvisionnaients-ils en matières premières colorantes et comment les choisissaient-ils ? C'est la question à laquelle se sont intéressés des chercheurs bordelais du LaScArBx (laboratoire PACEA) et de l'ICMCB qui viennent de publier un article dans PLOS ONE (17/07/2019). 

S’il est avéré que les Néandertaliens utilisaient des matières colorantes minérales, en particulier des oxy-hydroxydes de manganèse et de fer, on peut se demander où ils prélevaient cette matière première et si ces prélèvements faisaient l’objet d’une sélection de leur part. Une étude financée par le Laboratoire des Sciences Archéologiques de Bordeaux, qui vient d'être publiée dans la revue PLOS ONE, apporte des éléments de réponse à ces questions. 

Les auteurs de cette étude (chercheurs du laboratoire PACEA et de l'ICMCB à Bordeaux) ont analysé les oxy-hydroxydes de manganèse qui avaient été découverts au Moustier, site éponyme de la culture moustérienne, au cours de plusieurs campagnes de fouilles, depuis celles menées avant la première guerre mondiale par Denis Peyrony, pionnier de la recherche  préhistorique en France, jusqu’à la reprise récente des travaux sur le terrain. Ils ont aussi analysé douze sources naturelles de manganèse de la Dordogne et du Lot pour essayer d’établir où les Néandertaliens collectaient ces minéraux et comment ils les choisissaient. 

a) localisation du site du Moustier et des affleurements riches en manganèse échantillonnés dans l'étude - b) entrée de la mine d’Albas, aussi nommée « tunnel de la manganèse », dans la région du Lot.

Les résultats de cette étude indiquent que les pièces d’oxy-hydroxydes de manganèse provenant des fouilles de Peyrony donnent une image très biaisée de l'importance de ces matériaux pour les groupes moustériens. Ces premières fouilles n'ont permis de récupérer que quelques grandes pièces portant des traces de modifications (traces d’abrasion, de raclage ou de percussion), tandis que les fouilles en cours ont livré principalement des pièces de petite taille, dont seulement la moitié porte des traces de modifications. Il est donc certain à présent que les Néandertaliens utilisaient bien plus d’oxy-hydroxydes de manganèse que ce que l'on aurait pu penser sur la base des anciennes collections. 

L’analyse des traces laissées par les Néandertaliens sur ces roches a permis aux chercheurs de déduire que les Néandertaliens ont développé une technologie particulière adaptée au traitement des fragments riches en manganèse, qui impliquait une variété d'outils et de techniques de transformation. Ces techniques ont été adaptées aux dimensions et à la densité de la matière première. D’autre part, plusieurs indices pointent vers une utilisation successive ou alternée de différentes techniques. L’analyse tracéologique montre aussi que les objets riches en manganèse étaient employés à des fins multiples, utilitaires et symboliques.

Les différences morphologiques, texturales et géochimiques entre les pièces archéologiques et les échantillons géologiques suggèrent que les Néandertaliens n'ont pas prélevé leurs morceaux de manganèse dans les affleurements rocheux échantillonnés par les chercheurs. Les fragments de manganèse utilisés au Moustier proviendraient soit d'une source géologique unique mais avec une grande variation de composition, soit de différentes sources caractérisées par deux associations d’éléments. Dans ce dernier cas, les changements identifiés dans la composition de la matière première à travers la stratigraphie soutiendraient l'idée que des populations néandertaliennes avec différentes technologies de taille du silex ont collecté des fragments de manganèse sur différents affleurements. 

Un nouveau programme de fouilles sur le site, financé par la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) d’Aquitaine – Limousin – Poitou-Charentes et le Conseil Départemental de la Dordogne (2019-2021), devrait permettre de découvrir des nouvelles pièces et permettre ainsi d’approfondir l’étude.


Référence de l’article
 : Pitarch Martí A, d’Errico F, Turq A, Lebraud E, Discamps E, Gravina B (2019) Provenance, modification and use of manganese-rich rocks at Le Moustier (Dordogne, France). PLoS ONE 14(7): e0218568. 

Lien vers l'articlehttps://doi.org/10.1371/journal.pone.0218568


 c) macrophotographie de la surface d'un échantillon prélevé dans la mine - d) image au microscope électronique à balayage de cet échantillon    e) pièce d’oxy-hydroxyde de manganèse avec traces de modification découverte pendant la fouille Peyrony - f) traces d’abrasion sur la surface de la pièce - g) macrophotographie de la pièce - h) image au microscope électronique à balayage de la pièce archéologique.

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