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Nos ancêtres les Gaulois ?

L'Europe à l'âge du Bronze et à l'âge du FerL'Europe à l'âge du Bronze et à l'âge du Fer

Depuis le XIXè siècle et la création du « roman national » sous Napoléon III, nous entendons parler de « nos ancêtres les Gaulois ». Mais qu’en est-il vraiment ? Une étude portant sur l’ADN ancien d’une communauté du Second âge du Fer dans le Nord de la France (Urville-Nacqueville, Manche) apporte les premiers éléments de discussion.

Réalisée dans le cadre du projet LabEx IDENTI-FER coordonné par S. Rottier (UMR PACEA), cette étude, publiée dans PLOSone par C.-É Fischer (UMR PACEA) et collaborateurs, a permis d’obtenir des données génétiques inédites pour un groupe français de l’âge du Fer.

Le site d’Urville-Nacqueville, fouillé par A. Lefort (2011-2017), fait face à la Manche et regroupe un secteur artisanal et une nécropole. Occupé entre 120 et 80 av. J.C., le site est interprété comme un important port d’échanges entre le continent et les îles Britanniques. Les analyses paléogénétiques réalisées dans le cadre du projet ont concerné 45 individus provenant de la nécropole et ont visé la caractérisation des lignées maternelles et paternelles des défunts afin de documenter leurs affinités génétiques avec les groupes Européens antérieurs, contemporains ou actuels. Des résultats conséquents ont pu être obtenus concernant l’héritage génétique maternel de la communauté et ont permis de documenter de façon inédite la diversité génétique d’un groupe de l’âge du Fer.

La première découverte majeure est la présence à Urville-Nacqueville d’une ancestralité maternelle originaire des steppes pontiques qui a pu être apportée via l’expansion des groupes campaniformes et/ou l’arrivée des groupes de l’âge du Bronze en France au cours du 3ème millénaire avant notre ère. Par ailleurs, des échanges génétiques significatifs ont pu être décelés entre la communauté et les groupes de Grande-Bretagne et d’Espagne. Ces résultats permettent de démontrer que les échanges culturels continus et intenses de part et d’autres de la Manche ou le long de la côte Atlantique, largement documentés au niveau archéologique pendant et après l'âge du Bronze (figure), ont été accompagnés d’échanges génétiques récurrents. Les régions du nord-ouest de la France apparaissent ainsi comme zones d’échanges biologiques et culturels réguliers entre le nord et le sud, sur le temps long. Enfin, l’étude a permis de démontrer une continuité génétique maternelle notable entre les groupes d’Europe de l’Ouest datant de l’âge du Bronze et la communauté d’Urville-Nacqueville, ainsi qu’entre le groupe d’Urville-Nacqueville et les populations actuelles du nord-ouest de l’Europe.

La première continuité semble supporter le scénario d’une transition âge du Bronze - âge du Fer liée à des transformations économiques majeures des groupes locaux plutôt qu’à l’apport de nouvelles pratiques par de nouveaux flux migratoires. La seconde continuité soutient la proposition « Nos ancêtres les Gaulois » mais doit cependant être nuancée.

Les résultats paléogénétiques acquis via cette étude, combinés aux nombreuses données paléogénétiques disponibles pour les groupes anciens Européens, permettent de vérifier que « nos ancêtres les Gaulois » ont effectivement contribué au patrimoine génétique français actuel, mais ces gaulois étaient eux-mêmes porteurs d'héritages maternels d’origines multiples résultant des migrations et métissages ayant impacté de façon récurrente le pool génétique Européen.


Référence de l'article
 : The multiple maternal legacy of the Late Iron Age group of Urville-Nacqueville (France, Normandy) documents a long-standing genetic contact zone in northwestern FranceClaire-Elise FischerAnthony LefortMarie-Hélène PemongeChristine Couture-VeschambreStéphane Rottier, Marie-France DeguillouxPLOS ONE, décembre 2018.

DOI : https://doi.org/10.1371/journal.pone.0207459

 

 

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