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Le premier art Dénisovien ?

Photo et tracé d’une gravure trouvée à Lingjing (province du Henan, Chine), dans une couche datée à 115 000 ans (les points rouges indiquent la présence de résidus d’ocre). Photo : Francesco d’Errico & Luc DoyonPhoto et tracé d’une gravure trouvée à Lingjing (province du Henan, Chine), dans une couche datée à 115 000 ans (les points rouges indiquent la présence de résidus d’ocre). Photo : Francesco d’Errico & Luc Doyon

Les représentations abstraites et figuratives sont considérées comme des indicateurs indéniables d’une cognition humaine moderne. Une équipe internationale composée de chercheurs du LaScArBx, Francesco d’Errico et Luc Doyon (UMR PACEA), des universités de Shandong, Bergen et de l’Institut de Paléontologie et Paléoanthropologie des Vertébrés de l’Académie des Sciences chinoise, vient de dévoiler dans la revue Antiquity la découverte, dans un site chinois vieux de plus de 105 000 ans, de fragments d’os gravés et coloriés. Ils pourraient représenter la preuve que les Dénisoviens avaient des comportements symboliques.

Au cours de la dernière décennie, plusieurs découvertes ont remis en question l’idée selon laquelle les comportements symboliques étaient uniques à notre espèce, Homo sapiens. Un coquillage gravé d’un motif en zig-zag provenant d’une couche datée à 540 000 ans a été découvert à Trinil (Java) et serait l’œuvre d’Homo erectus. Trois grottes espagnoles présentent sur leurs parois des motifs abstraits et des empreintes de mains datées de 64 000 ans qui seraient l’œuvre de Néandertaliens. Or, jusqu’à présent, les archéologues ne connaissaient aucun exemple convainquant de représentations abstraites ou figuratives de plus de 40 000 ans provenant d’Asie orientale.

Une équipe internationale de chercheurs français, chinois et norvégiens vient de publier dans la revue Antiquity les plus anciennes gravures abstraites chinoises. Elles ont été mises au jour à Lingjing, un site dans la province du Henan en Chine, dans une couche géologique datée entre 105 000 et 125 000 ans. Cette couche a déjà livré de nombreux restes humains, attribués à un hominé archaïque. Les gravures ont été tracées avec de fines pointes en pierre sur des fragments d’os déjà sub-fossiles, ce qui semble écarter la possibilité qu’il puisse s’agir de traces de boucherie. Des résidus d’ocre rouge, détectés dans certains traits d’une des pièces gravées, semblent indiquer que les gravures ont été rehaussées à l’ocre, probablement pour rendre le motif plus visible. L’analyse microscopique et chimique de la surface des os et des résidus d’ocre ne laisse aucun doute : les traits ont été tracés volontairement avec l’objectif de produire des traits parallèles et, dans un cas, parfaitement équidistants.

Cette découverte étaye l’hypothèse selon laquelle la production de motifs abstraits ne répondant à aucun besoin utilitaire, pouvait constituer le support d’activités symboliques et faisait partie intégrante des cultures élaborées par les populations humaines contemporaines à l’émergence de notre espèce en Afrique.


Références de l'article
: Li Z., Doyon L., Li H., Wang Q., Zhang Z., Zhao Q., d’Errico F. 2019: “Engraved bones from the archaic hominin site of Lingjing, Henan Province”, Antiquity, p. 1‑15. 

lien vers l'article (paru le 8 juillet 2019)



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