Université de Bordeaux
LabEx LaScArBxCluster of Excellence
Cluster of excellence

Du nouveau sur la répartition géographique des Néandertaliens au Proche-Orient

Rendu virtuel de la molaire NHMUK PA EM 3869 du site de Shukbah, identifiée comme néandertalienneRendu virtuel de la molaire NHMUK PA EM 3869 du site de Shukbah, identifiée comme néandertalienne
© C. Zanolli, NMH London

L’analyse d’une dent humaine fossile et d’outils en pierre taillée provenant de la grotte de Shukbah, au Proche Orient, révèle la présence des Néandertaliens les plus au sud identifiés jusqu’ici, présence associée à des outils taillés selon la technologie dite « Levallois nubienne » généralement attribuée aux humains anatomiquement modernes. Cette étude parue dans la revue Scientific Reports implique des chercheurs appartenant à plusieurs institutions internationales (MPI for the Science of Human History, Royal Holloway University of London, UMR PACEA - CNRS / Université de Bordeaux / Ministère de la Culture - , Natural History Museum London, MPI for Chemical Ecology, Université de Malte).

Le Levant est une région clé pour comprendre l’évolution et l’expansion des humains anatomiquement modernes à travers le monde. Cette région abrite de nombreuses grottes préservant des restes humains, mais aussi des outils et restes d’animaux témoignant de la vie et des cultures de ces populations passées. Depuis plus d’un siècle, des fouilles archéologiques sont menées dans ces grottes, mettant au jours des fossiles Néandertaliens et humains modernes, faisant du Levant un lieu de rencontres et d’hybridation probable entre ces deux groupes humains. Pourtant, des cultures différentes sont généralement reconnues, d’un côté celle dite moustérienne associée aux Néandertaliens et de l’autre la technologie Nubienne qui est considérée comme l’apanage des humains modernes.

Le site de Shukbah a été fouillé par la Prof. Dorothy Garrod au cours du printemps 1928, découvrant une occupation du Moustérien riche en outils de pierre taillée et des ossements animaux cimentés dans des dépôts de brèche témoignant d’anciens foyers. D. Garrod a aussi mis au jour une dent humaine d’assez grande taille, et ce spécimen a ensuite été conservé dans une collection privée pendant la majeure partie du 20ème siècle, limitant son étude par les scientifiques et notamment au moyen de méthodes modernes. La récente redécouverte de cette dent désormais conservée au Muséum d’Histoire naturelle de Londres a conduit à son étude détaillée par imagerie 3D à rayons X.

Dans une nouvelle étude publiée dans Scientific Reports, une équipe de chercheurs internationaux, dont fait partie Clément Zanolli, chercheur CNRS affilié au laboratoire PACEA (CNRS / Université de Bordeaux / Ministère de la Culture) a  pu analyser la structure externe et interne de la dent humaine de Shukbah et la comparer à des Néandertaliens et à des humains modernes fossiles et actuels. Les résultats de ces analyses montrent que ce spécimen appartient sans ambiguïté à un individu Néandertalien âgé de 7 à 12 ans, étendant encore plus au Sud la distribution géographique de ce groupe humain déjà identifié dans d’autres sites plus au nord de cette région.

Par ailleurs, cette étude réfute l’idée que seul Homo sapiens a pu mettre en oeuvre la technologie Nubienne pour fabriquer des outils en pierre. Les sites abritant à la fois des restes humains et des outils en pierre taillée associés sont peu nombreux.

Ce travail pluridisciplinaire conduit par des paléoanthropologues et préhistoriens sur la dent humaine de Shukbah et la collections lithique issue du même niveau stratigraphique permet ainsi d’offrir une nouvelle vision de la répartition géographique des Néandertaliens, mais aussi de la flexibilité technologique et culturelle qui leur est associée.

Référence de l'article : Blinkhorn, J., Zanolli, C., Compton, T. et al. Nubian Levallois technology associated with southernmost Neanderthals. Sci Rep 11, 2869 (2021).

https://www.nature.com/articles/s41598-021-82257-6

Figure dans les rubriquesPublications


HAUT