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Découverte de la plus ancienne sépulture africaine

Reconstruction virtuelle de la position de l'enfant dans la fosse mortuaireReconstruction virtuelle de la position de l'enfant dans la fosse mortuaire
Crédit photo : Jorge González/Elena Santos

Une équipe internationale, à laquelle appartiennent des collègues de PACEA (université de Bordeaux-CNRS) et IRAMAT-CRP2A (université Bordeaux Montaigne-CNRS), membres du LaScArBx, dévoile cette semaine dans la revue Nature la découverte, au Kenya, de la plus ancienne sépulture africaine. 

A Panga ya Saidi, un site localisé à 50 km au nord de Mombasa, un enfant de trois ans a été déposé dans une fosse il y a 78 000 ans. Plusieurs indices permettent de penser que sa tête reposait sur un support et que son corps était protégé par un linceul, les deux en matière périssable. L’individu appartient à notre espèce mais conserve, par sa morphologie dentaire, quelques traits archaïques le reliant à de lointains ancêtres africains. Il a été baptisé par les chercheurs « Mtoto », ce qui signifie « enfant » en Swahili.

L’article est le résultat du travail de 36 chercheurs appartenant à 28 laboratoires européens, américains et australiens, y compris six chercheurs rattachés à deux laboratoires bordelais (UMR 5199 PACEA-Université de Bordeaux et UMR 5060 IRAMAT-CRP2A CNRS-Université Bordeaux Montaigne).

L'origine et l’évolution des pratiques mortuaires sont le sujet d’intenses débats. Des preuves de plus en plus nombreuses confirment que pendant plusieurs centaines de milliers d’années, des ancêtres dont nous pensions qu’ils ne portaient aucun intérêt pour leurs défunts il y a juste quelques décennies, déposaient par exemple les cadavres des membres de leur groupe au fond de grottes, dans des fissures naturelles, ou encore enlevaient les parties molles du cadavre pour conserver et manipuler les ossements. Par rapport à ces pratiques ancestrales, dont certaines partagées avec nos proches cousins les chimpanzés, les sépultures dites primaires - c’est-à-dire le dépôt d'un corps dans une fosse volontairement creusée, puis son ensevelissement - apparaît comme une innovation relativement récente. 

En comparaison avec l’Europe et le Proche Orient qui ont livré de nombreuses sépultures de Néandertaliens et d’Hommes moderne vieilles d’au moins 120 000 ans, l’Afrique, pourtant berceau de notre espèce, ne rapporte que de très rares exemples de cette pratique funéraire. Seuls deux possibles cas d’inhumations, Taramsa en Egypte et Border Cave en Afrique du Sud, datées respectivement de 68 000 et 74 000 ans avant le présent, étaient jusque-là connus. Le  premier ne pourrait constituer en réalité qu’une cache funéraire, sans inhumation du cadavre. Les informations sur la deuxième, découverte en 1941, sont parcellaires et sa datation incertaine. Grace à la qualité des fouilles et aux analyses de pointe dont elle a fait l’objet, la sépulture de l’enfant de Panga ya Saidi, objet d’un long article qui vient d’être publié par une équipe internationale dans la revue Nature, ne fait pas de doute. La datation par plusieurs méthodes de la séquence archéologique et du sédiment présent à l’intérieur du crâne de l’enfant indique que l’inhumation a eu lieu il y a environ 78 000 ans. L’analyse géochimique et sédimentologique des couches archéologiques montre que l’enfant a bien été déposé dans une fosse intentionnellement creusée, et que son corps a été ensuite recouvert de sédiments. L'intégrité anatomique du squelette et l’excellente conservation des articulations dites instables ou labiles - par exemple entre les vertèbres, les vertèbres et les côtes, et l'articulation scapulo-thoracique - indiquent qu'il s'agit d'un dépôt primaire non perturbé et que l'enfant a été rapidement recouvert de sédiments après avoir été déposé dans la fosse. Bien que la pression mécanique de la couche sédimentaire ait aplati le thorax, la cage thoracique ne s'est pas effondrée, préservant la relation spatiale et la courbure initiale des côtes, ce qui indique une décomposition dans un espace protégé. En s’appuyant sur cet ensemble de preuves, les chercheurs proposent l’hypothèse selon laquelle le corps de l’enfant aurait été enveloppé dans un tissu végétal ou un autre matériau périssable. La bascule et le détachement du crâne et des trois premières vertèbres cervicales attestent, selon les chercheurs, l'existence d'un espace vide sous la tête, qui pourrait indiquer un effondrement dû à la décomposition d'un support périssable. Ces éléments plaident en faveur d'un rituel complexe, qui a probablement demandé la participation active de plusieurs membres de la communauté. La profondeur de la sépulture semble indiquer la volonté de protéger le corps du défunt. L’étude des fragments d’escargots découverts dans la fosse montre qu’il ne s’agit par d’offrandes mais juste d’une présence  accidentelle. En revanche, leur bonne conservation indique, comme c’est le cas pour l’enfant, que la fosse les a préservés de la fragmentation observée sur les escargots découverts dans les couches archéologiques proches. L’étude anthropologique des restes de l’enfant montre qu’il s’agissait d’un membre de notre espèce, Homo sapiens, mais la comparaison avec des restes humains de la même époque met en évidence la présence de caractéristiques dentaires archaïques. Cela semble confirmer, comme il a été suggéré à plusieurs reprises au cours des dernières années, que l’origine de notre espèce en Afrique a des racines anciennes et diversifiées régionalement.  

Référence de l'article : Martinón-Torres, M., d’Errico, F., Santos, E. et al. Earliest known human burial in Africa.Nature 593, 95–100 (2021).

Lien vers l'article https://www.nature.com/articles/s41586-021-03457-8/#citeas

DOIhttps://doi.org/10.1038/s41586-021-03457-8

à gauche : Vue générale du site archéologique (grotte de Panga ya Saidi), lieu de découverte de la sépulture, système karstique situé à 50 km au nord de Mombasa (Kenya) - Crédit photo : Mohammad Javad Shoaee

au milieu : Parties conservées du squelette de Panga ya Saidi - Crédit photo : Jorge González/Elena Santos

à droite : Reconstruction virtuelle de l'hominine de Panga ya Saidi (gauche) et reconstruction de la position originale de l'enfant au moment de la découverte (droite) - Crédit photo : Jorge González/Elena Santos

en bas : Reconstitution artistique de la sépulture (F. Fuego)


C. de NOTER, 5 mai 2021

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