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Le plus ancien dessin au crayon a 73 000 ans

Dessin exécuté avec un crayon d’ocre sur un éclat de silcrite découvert dans la grotte de Blombos, Afrique du Sud - photo : Craig FosterDessin exécuté avec un crayon d’ocre sur un éclat de silcrite découvert dans la grotte de Blombos, Afrique du Sud - photo : Craig Foster

Une équipe internationale composée de chercheurs du LaScArBx, dont nos collègues Francesco d'Errico, Alain Queffelec et Laure Dayet (UMR PACEA), de l’Université de Bergen et de Genève vient de publier dans la revue Nature ce qui pourrait bien être le plus vieux dessin du monde ! 

Les représentations abstraites et figuratives sont généralement considérées comme des indicateurs probants d’une cognition moderne. L’âge des plus anciennes représentations abstraites gravées et peintes a fortement reculé au cours des dernières années. Une moule d’eau douce, découverte à Trinil (Java) dans des couches datées de 540 000 ans est gravée d’un zig-zag et il a été récemment proposé que des représentations abstraites et des empreintes de mains dans trois grottes de la péninsule Ibérique, datées de 64 000 ans, seraient l’œuvre des Néanderthaliens.

Ainsi, une équipe internationale composée de chercheurs du CNRS, de l’Université de Bergen et de Genève vient de publier dans la revue Nature le plus ancien exemple de dessin abstrait exécuté au crayon d’ocre. Le dessin se trouve sur un fragment de roche siliceuse (silcrite) découvert dans la Grotte de Blombos, en Afrique du Sud, dans des couches archéologiques datées de 73 000 ans. 

Sur l’une des faces du fragment de roche est dessiné un croisillon formé par neuf traits. L’analyse microscopique, chimique et rugosimétrique des résidus d’ocre et de la surface de l’objet ainsi que la reproduction expérimentale des traits via plusieurs techniques ne laisse aucun doute : les traits ont été tracés volontairement avec un crayon d’ocre pourvu d’une fine pointe. La couche archéologique dans laquelle l’objet a été découvert a livré d’autres indices de modernité culturelle comme des objets de parures en coquillages, des outils en os entièrement façonnés et, surtout, des fragments d’ocre dont certains gravés de motifs abstraits semblables à celui dessiné sur le fragment de silcrite.

Ce dessin, qui précède d’au moins 30 000 ans les plus anciens dessins abstraits et figuratifs connus jusqu’à présent, démontre donc la capacité des premiers Homo sapiens en Afrique australe à produire les mêmes signes sur plusieurs types de supports et en utilisant différentes techniques. Cette découverte étaye l’hypothèse selon laquelle ces signes revêtiraient des fonctions symboliques et constitueraient une partie intégrante du monde spirituel des groupes humains affiliés à cette culture, dite « de Still Bay ».

Stratigraphie de la grotte de Blombos, Afrique du Sud avec provenance stratigraphique de l’éclat de silcrite

 

Référence de l'article : DOI: 10.1038/s41586-018-0514-3   

Lire l'article dans Nature : an abstract drawing from the 73,000-year-old levels at Blombos Cave, South Africa, Christopher S. Henshilwood, Francesco d’Errico, Karen L. van Niekerk, Laure Dayet, Alain Queffelec & Luca Pollarolo, Nature, 12 septembre 2018 




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