Université de Bordeaux
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ALBÂTRES - Polychromie, pigments, perception : les albâtres anglais de la fin du Moyen Âge conservés sur le territoire aquitain.

projet porté par : Markus Schlicht, AUSONIUS

durée : 2 ans

financement : 119 595 €

partenaires : IRAMAT-CRP2A, Institut d’Optique d’Aquitaine (LP2N), Musée d’Aquitaine, DRAC

mots clés Polychromie, albâtre, Moyen Âge, Angleterre, restitution, numérisation 3D, acquisition optique, sculpture, pigments, analyses physico-chimiques, histoire de l’art, archéométrie, perception.

 

Les plaques d’albâtre ornées de scènes religieuses sculptées et peintes, produites en grande quantité dans les Midlands anglais à la fin du Moyen Âge (entre 1350 et 1530), constituent l’apport majeur de l’Angleterre dans le domaine de la sculpture médiévale. Bien qu’un grand nombre d’entre elles aient été détruites à la suite de la Réforme anglicane (1534 sq.), il en subsiste plus de 2400, exportées légalement ou bien vendues clandestinement sur le continent. Après la Normandie (et l’Angleterre, où des collectionneurs les rapatrièrent au XXe  s.), le pays bordelais compte la plus grande concentration de ces plaques : plus de 100 oeuvres ont été répertoriées ; la plupart d’entre elles seront étudiées.

Notre étude envisagera principalement – mais non exclusivement – la polychromie des albâtres anglais. Si la polychromie constitue un élément fondamental de leur aspect final et donc de la manière dont ces plaques ont été perçues, elle n’a presque jamais fait l’objet de recherches approfondies. Les historiens de l’art ne disposent en effet pas des outils nécessaires à l’étude et à la bonne compréhension des couches de peinture anciennes. D’où l’originalité de notre programme de recherche, qui lie histoire de l’art et archéométrie, ingénierie optique, ingénierie 3D et « archéologie expérimentale » du geste pictural : le site bordelais est l’un des rares à réunir ces compétences complémentaires.

Le projet Albâtres s’est fixé deux objectifs principaux : 

1) Acquérir une connaissance aussi exhaustive que possible des matériaux et des techniques utilisés par les peintres médiévaux

2) Augmenter notre savoir sur les fonctions de la polychromie et leur perception, en déterminant et en interprétant les critères de sélection et les usages esthétiques des couleurs et de la dorure.

Pour atteindre ces deux objectifs, nous souhaitons mener (en les combinant) une approche quantitative et une approche qualitative.

L’approche quantitative vise l’étude des restes de polychromie de l’ensemble du corpus aquitain : examen visuel, documentation macro photographique, analyses physico chimiques non invasives, formulation des hypothèses de restitution par écrit et sous forme graphique.

L’approche qualitative, plus ambitieuse en termes d’innovation, vise la restitution complète de la polychromie médiévale de deux plaques d’albâtre. Les deux oeuvres sélectionnées seront d’abord numérisées en 3D. Ces copies virtuelles seront « habillées » d’un shader  (modèle informatique) simulant précisément l’apparence de l’albâtre, pour enfin recevoir leur couche picturale virtuelle. Cette dernière sera réalisée avec un soin particulier. Des analyses physicochimiques et des microprélèvements détermineront la composition et les méthodes d’application des polychromies médiévales. Grâce à des recréations, les couleurs altérées anciennes seront « reconverties » en couleurs initiales. Des mesures archéométriques et des mesures optiques supplémentaires permettront de transcrire fidèlement l’apparence de ces couches picturales réelles sous forme virtuelle.

Une fois la conformité du modèle virtuel avec l’apparence des plaques d’albâtre validée, il sera possible de les soumettre à une analyse serrée du point de vue de l’histoire de l’art (partis pris esthétiques et symboliques, déductions sur le goût artistique et les attentes du spectateur médiéval, etc.).

Le potentiel d’étude est très conséquent puisque près de 2400 plaques conservées dans toute l’Europe restent à étudier, ce qui constituerait un sujet de choix pour un programme de recherche d’envergure plus grande (ANR ou ERC). Dans cette perspective, le financement du projet « Albâtres » permettra notamment d’élargir notre réseau au niveau national et international (création de partenariats avec les grands musées français et anglais ; collaboration avec les collègues travaillant sur les albâtres anglais).

L’équipe telle que nous l’avons souhaitée a déjà collaboré et fait ses preuves dans le cadre de plusieurs études (et publications) portant sur la polychromie du portail Royal de la cathédrale de Bordeaux. Afin de valider notre démarche scientifique, des tests préliminaires ont été menés sur deux plaques conservées au Musée d’Aquitaine (analyses de pigments avec un matériel portable ; numérisation 3D). Les institutions détentrices des albâtres comme le Musée d’Aquitaine ou la DRAC soutiennent cette étude aux retombées en matière de valorisation locale très riches et ont donné les autorisations nécessaires. 

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